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  • Team Manea

Ma journée type au collège

Mis à jour : 10 mars 2019


[CN : Harcèlement Scolaire, Incitation au suicide]


Chaque matin, j'avais la même routine. Je restais en silence, les bras appuyés sur le rebord du lavabo, à fixer mon visage, les larmes aux yeux. J'essayais de retarder le moment de partir, d'être le plus en retard possible. Les larmes aux yeux, je regardais mon visage boursouflé par l’acné, et je charcutais un à un chaque bubon jaunâtre, dans l'espoir d'harmoniser avec le reste de mon visage rouge vif, à défaut d'autre chose.



Je me tenais faiblement au rebord, parce que les forces me manquaient. Pendant de longues périodes, je n'ai pas dormi. Le seul moyen de trouver le sommeil était m'épuiser, laisser tourbillonner les pensées anxieuses, de me haïr, expier, pouvoir traduire concrètement cette auto-détestation, expulser la rage que j'avais contre mon corps, moi, et tout ce que j'étais.


En général, je venais me faire sortir de mon trou une fois expirée la limite de temps raisonnable avant que mon retard ne devienne trop extrême. Par mes parents, inquiets que je n'ai pas le temps de petit-déjeuner. Je reprenais donc quelques forces, physiques et bien plus.


Sur le chemin de l'école, je marchais vite et courbée, conséquence de vouloir à tout prix me cacher, je n'ai jamais su me tenir droite. P.R. parfois me dépassait, et mimait ma démarche ridicule, amusant la galerie en se tenant "comme une abrutie".


J'allais en cours de maths. C.S.V., assise devant moi, parfois se retournait, et me disait chaque jour une chose différente. Aujourd'hui c'était "je suis sûre que t'es lesbienne. En vrai tu es amoureuse de moi, et tu nous fixe de manière glauque. J'en ai parlé aux autres filles de la classe, et on te trouve dégueulasse, dégage, tu nous met mal à l'aise".


"On te trouve dégueulasse, dégage, tu nous met mal à l'aise."

L'après midi, il y avait une sortie de classe, au Louvre, à Paris. Les moqueries ont commencé dans le bus. Je me suis assise sur les mains, et la rumeur a commencé à circuler que je masturbais en public devant tout le monde. C.C. se retournait, me fixait et murmurait des "c'est chaud quand même", avant de passer le mot à ses voisins de bus.


L'après-midi a été l'occasion de constater que, portant un pantacourt, je n'avais pas épilé mes chevilles. Le surnom d'Ours Polaire a commencé à circuler.


A un moment, S.K. et G.H., les deux seules personnes à tolérer ma présence à leurs côtés à la récré, et que j'avais pris pour habitude de considérer comme des visages sincèrement amicaux, m'ont pris à part pour m'expliquer pourquoi personne ne m'aimait, et m'ont listé tout ce qui n'allait pas chez moi, tout ce qu'il fallait que j'arrête, et que c'était de ma faute si j'étais une horreur. La liste incluait "baisse les yeux quand tu nous parle".


"Il faudrait y mettre du tiens si tu veux qu'on arrête de te détester."

Dans le bus retour, M.E. a commencé a répandre une nouvelle rumeur à mon sujet, apparemment, je mangeais désormais mes crottes de nez, en plus de tout le reste.


"♫ M. elle mange ses crottes de nez ♫"


M.E., c'était la pire. Elle faisait des sketchs où elle m'imitait ou me ridiculisait devant toute la classe, au tableau. Elle venait me voir et me posait des questions pour savoir si je me "masturbais dégueulassement", et raconter mes réactions gênées et silencieuses (car apeurée, intimidée, confuse et dans l'incompréhension), au reste du collège.


"Tu devrais te rendre service et te suicider."

M.E., j'ai passé des nuits entières à me dire que tu avais raison et que je devrais juste me suicider. "Suicide-toi". Tu me l'as dit. Tu n'es pas la seule, à ta décharge. C.S.V. et A.V. me l'ont dit dans les vestiaires plusieurs fois.


P.R. me l'a souvent lancé. "Suicide-toi, Mars." C'est P.R. qui je crois avait trouvé ce super surnom, pour décrire les cratères sur mon visage. Ma personne se résumait à cet immondice.


"Suicide-toi".


J'y ai pensé le jour où un groupe de gens, amies de ces personnes, que je ne connaissais pas, m'ont enfermée 1h durant dans le placard de rangement des téléviseurs. J'y ai souvent pensé. Je l'ai presque tenté, sans en être capable. Mais les mots résonnaient tous les jours.


"Suicide-toi".


Mais je tenais bon. Je rangeais mon sac et m'empressait de rentrer chez moi. Parfois, N.A., marchant derrière moi, et pourtant assez amical avec moi, me jetait des petits gravillons roses du trottoir en essayant de viser le mieux possible. Je ne savais plus rien dire. J'étais brisée, entièrement brisée, morte à l'intérieur, je n'aurais plus pu dire que que ce soit. Le pire peut-être, c'est tous ces gens, tout le reste de l'entourage, qui voyaient et participaient activement juste une fois de temps en temps, et passivement tout le reste du temps.


Je rentrais chez moi, brisée. Je n'aurais pu décrire ce qu'il se passait en moi, alors je me suis tue. Mes parents insistaient. Mes notes baissaient, je ne travaillais sûrement pas assez, et je n'avais pas de copines, je devais pouvoir expliquer pourquoi. Je n'aurais pas su dire, alors je ne disais rien. Par peur que quelqu'un me dise que c'était de ma faute. Par peur que quelqu'un me demande, que si tout cela était bien réel, pourquoi diable je ne réagissais pas ?


Je n'avais rien à redire à tous ces gens. Parce qu'ils m'avaient convaincue. Je n'étais qu'une merde qui ne méritait rien.

Pourquoi n'as tu rien dis ?


Cette remarque, je suis terrifiée de l'entendre sur divers événements de ma vie. Et sur celui-là, c'est la même logique. J'étais entièrement brisée, paralysée, rongée par des envies de suicide, de me faire du mal. Et surtout je n'avais rien à redire à tous ces gens. Parce qu'ils m'avaient convaincue. J'étais d'accord avec tout ce qu'ils disaient, au fond. Je n'étais qu'une merde qui ne méritait rien. Une simple merde.


Aujourd'hui, j'ai 25 ans. Et à chaque fois que je remets les pieds dans la ville de mes parents le weekend, une courte angoisse me prend, de les croiser au détour d'une rue, et d'avoir un truc qui cloche, dans mes vêtements, ma démarche ou mon physique, qu'ils voient quelque chose qui leur donne à nouveau raison.


Aujourd'hui, j'ai 25 ans et je crois que je me déteste encore, malgré tout ce que je me suis battue à accomplir pour inverser la tendance depuis, pour prouver au monde que j'en valais la peine. J'ai 25 ans et je suis toujours une gamine de 13 ans avec quelque chose à leur prouver. Souvent, je ne dors toujours pas la nuit, et je me répète encore que je ne suis qu'une merde qui ne mérite rien. Une simple merde.

Les effets de ce genre de harcèlement perdurent longtemps après, et ont définit l'ensemble de ma socialisation après cette période. J'ai appris à faire confiance à nouveau, mais une partie de moi n'en démord pas, je n'en vaux pas la peine. Je n'en vaudrais jamais la peine.


Aujourd'hui, j'aimerais pouvoir revenir en arrière, et me serrer dans les bras, et me dire "je t'aime". J'aimerais plus que tout faire ça, et me dire que je mérite d'être respectée, d'être aimé, que je mérite de profiter de ma vie, dans mon corps tel qu'il est, que je mérite de m'exprimer, que j'en vaux la peine, que personne, rien ni personne, ne pourra rien faire à mon intelligence, et ma beauté telle qu'elle est. J'aurais eu besoin d'entendre ces mots, et j'essaye de me les répéter le plus possible. J'aimerais me dire que j'en vaux la peine, que je mérite... Que je mérite de vivre.



Je me le rappelle le plus possible, et, vous savez quoi, ça devient presque vrai. J'ai la chance d'avoir rencontré les bonnes personnes et d'avoir compris, même si le chemin est long, qu'il faut apprendre à m'aimer. J'ai 25 ans et je commence à peine à me connaître, après avoir réprimé si longtemps mes pensées.


A tous les ado qui vivent ce que je vivais, j'aimerais dire cette chose. Qu'ils sont extraordinaires, et uniques. Qu'ils méritent d'être aimés. Que s'ils ne le sont pas, ils ne doivent jamais, jamais, se laisser se priver de leur amour propre, de s'aimer eux-mêmes. Ils feront tout pour que vous n'en soyez pas capable, mais sachez-le, vous méritez votre amour plus que quiconque. Et pour ce que ça vaut, même si vous n'y croyez pas, je vous aime.





Auteure : Mks


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